Devenir Nez

Le métier de nez est de plus en plus médiatisé. Équivalent du « nègre » et de l’écrivain, le nez est (et c’est le cas de le dire) l’essence de toute maison de parfumeur. Beaucoup d’appelés mais peu d’élus, et pourtant, une fois lancé(e) dans cette science qu’est l’élaboration d’un parfum, le nez est à lui (ou elle) seul(e), la pierre angulaire de la Maison pour laquelle le parfum est créé.

 

 Le métier de nez : quelle(s) formation(s) ?

Rares, les nez ou créateurs de parfums, ne sont que quelques centaines à exercer cette profession dans le monde. Un excellent odorat ne suffit cependant pas à faire de quelqu’un le nez d’une des plus grandes maisons de parfumerie de la planète… Quel peut être alors le parcours à emprunter pour devenir professionnel de l’odorat ?

Plusieurs chemins s’offrent au nez en herbe. La voie royale étant de s’orienter, après un Bac scientifique, vers une licence professionnelle en Chimie, mention : formulations, parfums, arômes et cosmétiques. À ce niveau Bac+3, il est aussi possible d’intégrer le Bachelor de l’École Supérieure du Parfum à Grasse (avec une antenne parisienne). Attention toutefois, car cette formation n’est accessible qu’aux bacheliers sortant d’un cursus général.

L’ISIPCA à Versailles (Institution fondée par la maison Guerlain) est un établissement où de nombreuses formations sont ouvertes aux candidats souhaitant se lancer dans des études supérieures liées de près (ou d’un peu plus loin) aux métiers du parfum. Il est justement question de trajectoires techniques et scientifiques, et/ou commerciales – marketing.

Des Masters Professionnels spécialisés (accessibles après une licence) proposent par ailleurs diverses mentions permettant aux étudiants de se former aux métiers de la parfumerie et professions connexes. L’université de Montpellier, à la Faculté de Sciences, dispose d’un master pro intitulé « ingénierie des cosmétiques, arômes et parfums »(ICAP). L’université du Havre, Normandie, véhicule également une formation complète et professionnalisante avec son master de Chimie Arômes, parfums et cosmétiques (ARPAC). Enfin, l’université de Paris – Saclay (en partenariat avec l’École Supérieure du Parfum), livre un master 1 mention Chimie et science du vivant, parcours Formulation, évaluation sensorielle et analyse des industries de la parfumerie, de la cosmétique et de l’aromatique alimentaire (FESAPCA).

Ces solides formations permettent à toute personne (idéalement) issue d’un cursus scientifique, de se diriger vers une carrière dans les métiers du parfum.

Notons cependant que malgré un diplôme honorablement acquis dans ce domaine, l’expérience prime. Concrètement, il s’agit d’éduquer et d’affuter son sens de l’odorat durant de longues années, pour pouvoir prétendre à une position stratégique dans une entreprise.  En sus de cette colossale mémoire olfactive, le nez doit être en mesure de prouver sa capacité à associer dans les meilleures conditions les différents composés d’un parfum ou d’un produit dont l’odeur est au cœur des préoccupations des ses distributeurs.

 

En quoi consiste le métier de nez ?

Être nez, c’est bien entendu créer des parfums à l’attention des consommateurs. Pour de grandes maisons, mais aussi pour des enseignes plus confidentielles.

Les nez, et l’on y songe parfois moins spontanément, ce sont aussi celles et ceux qui créent et qui adaptent les senteurs des produits du quotidien ! Votre shampoing, en plus de ses qualités intrinsèques (adoucissant, hydratant, démêlant,etc.) possède une odeur qui a été longuement étudiée en laboratoire, avant d’être distribué. De même, cela concerne la lessive, les produits ménagers, le savon… En plus d’élaborer des senteurs bien spécifiques, les nez qui œuvrent parmi les acteurs de cette gigantesque industrie agro-alimentaire, doivent scrupuleusement respecter des cahiers des charges parfois complexes et sont tenus de répondre à des exigences sanitaires. Tout produit, accessible au grand public, doit impérativement répondre à une norme qui atteste de sa non nocivité.

Être nez, et c’est ici que l’on comprend à quel point de solides compétences en matière de Chimie sont indispensables, c’est une capacité avérée à manipuler des matières premières en vue de créer des odeurs adaptées aux produits, mais aussi de se servir de molécules de synthèse.

 

Mémoire, passion, patience : la devise du nez !

Le métier de nez s’articule autour de ces trois mots : la mémoire, la passion pour un domaine qui requiert une constante curiosité, ainsi qu’une patience à toute épreuve. En effet, la mémoire olfactive et la capacité à se souvenir de chaque senteur et arôme représentent la première qualité du créateur de parfum. Se rappeler d’une odeur, l’associer à une expérience, et réussir à restituer son origine, son nom… En somme, verbaliser et matérialiser ce ressenti olfactif.

La passion des odeurs, quelles qu’elles puissent être, est une autre qualité inséparable d’un nez talentueux. Après avoir mémorisé des milliers d’odeurs, il s’agit de pouvoir les marier, de rechercher des assemblages singuliers. Cela est possible si le créateur de parfums sait faire preuve d’originalité et de goût. Cela va sans dire, mais si l’expression « tous les goûts sont dans la nature » illustre d’autant plus le monde des ressentis olfactifs, il est primordial que le nez sache se mettre à la portée des goûts de toutes et tous. Un zeste d’esprit artistique, saupoudré de quelques traits de fantaisie ? Des détails qui différencient les créateurs de parfum les uns des autres, sur un marché intraitable.

Il faut laisser le temps au temps (célèbre phrase prononcée par l’un de nos anciens Présidents de la République) : oui, ne s’improvise pas créateur de parfum qui veut. Car un parfum symbolise l’aboutissement de nombreuses étapes, et qu’il est parfois judicieux de laisser décanter (pas de mauvais jeu de mots ici !) idées et assemblages : les laps de temps nécessaires à la création parfaite sont parfois longs et fastidieux.

Pour la petite anecdote : l’Eau de Cologne, dont tout le monde a déjà entendu parler, a été créée par un certain Jean-Marie Farina (1685-1766). Mise au point par ce parfumeur italien au début des années 1700, l’Eau de Cologne est rapidement devenue un Must Have à cette époque, dans la haute société. L’hygiène à cette période n’était pas particulièrement suivie, même dans les hautes sphères, et c’est ainsi que l’Eau de Cologne a permis à bien des grands noms de camoufler des odeurs pour le moins peu ragoutantes !

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